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Affiches, annonces et avis divers, 6 septembre 1786 [La Toison d’or de Vogel]

M. Gluck est venu, qui le premier a donné à la Tragédie lyrique son vrai caractère, & a rejeté bien loin ces fadaises. Son système musical paraît avoir été adopté par M. Vogel, & le système poétique qui en est la suite, semble aussi l’avoir été par M. Dériaux, dans l’Opéra de la Toison d’or, qu’on a joué hier pour la première fois.

Le Poëme offre, en plusieurs endroits, cette vigueur qui brille de tems en tems dans les ouvrages de Quinault ; & on n’y rencontre nulle part, cette afféterie qui les défigure presque continuellement. C’est déjà un grand mérite, surtout à l’âge de l’Auteur, d’avoir su se garantir de ce défaut, dont Rousseaului-même, qui a fait aussi un Opéra de la Toison d’or, n’est pas, à beaucoup près, exempt. […]

Les qualités dominantes que nous avons pris plaisir à y faire remarquer, brillent partout dans la Musique. Les accords les plus déchirants, les transitions les plus hardies & les accompagnements les plus expressifs, s’y trouvent accumulés. On voit que M. Vogel, nourri des sublimes productions de M. Gluck, a tâché de suivre les traces de ce grand Maître, dont il a même souvent appliqué les idées aux effets qu’il avait à produire. Le rôle entier de Médée, la plupart des Chœurs, la Tempête du 2d Acte, la Scène où la Reine de Lemnos est poignardée & ensuite les funérailles de cette infortunée Princesse, font le plus grand honneur à ce jeune Compositeur, & prouvent qu’il est véritablement appelé à traiter le genre tragique. Quoique le rôle d’Hipsiphile & celui de Jason offrent des airs agréables & touchants, peut-être le Poëte, à force de vouloir donner un coloris sévère à ses tableaux, n’y a-t-il pas assez ménagé ces oppositions, qu’on croyait trouver autrefois dans des fadeurs, & qu’il faut devoir aujourd’hui à d’autres moyens : M. Vogel en aurait profité ; elles feraient ressortir davantage les situations terribles, & pathétiques qu’il fait si bien peindre, & qu’on a généralement applaudies.