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Annales du théâtre, 1878 [Maître Péronilla d’Offenbach]

13 mars. — Première représentation de MAITRE PERONILLA, opérette en trois actes de M. X…, musique de M. Jacques Offenbach.[1] — Le librettiste reste masqué jusqu’à la fin : on n’a point nommé d’autre auteur que le maestro. Entre nous, amis lecteurs, les inventeurs de Maître Péronilla ou la Femme à deux maris, ont peut-être aussi bien fait de garder l’anonyme… « Maître peronilla est un chocolatier espagnol, qui, entre autres opinions, professe celle-ci : — Le meilleur chocolat est le chocolat Peron…illa !... Le seul qui blanchisse en vieillisant… — Il a une fille et une sœur, ce chocolatier andalou. La fille est jolie, la sœur est sévère. Tante Léona surveille Manoëla, comme Bartholo pouvait surveiller sa pupille. On a fiancé la jeune fille à un maître sot, et elle aime un maître à chanter. Mariée à Guardana par-devant notaire, Manoëla épouse Alvarez devant le curé. Nous avons eu la Petite Mariée. C’est la Double-Mariée, ou la Demi-Mariée, comme on voudra. C’est aussi un peu Giralda. De ses deux maris, Manoëla n’aime d’ailleurs que le n° 2, le petit Alvarez qui chante si joliment la malaguena. Elle court les chemins avec le galant, et arrêtée en route par le corrégidor, elle est enfermée au couvent, et il faut que maître Peronilla lui-même, sous la robe et la perruque de l’avocat, plaide et gagne la cause de sa fille. Le petit étudiant Frimousquinos, — un jeune drôle qui profite de l’actualité parisienne du moment pour arborer le chapeau à claque, la cuiller et le costume de la Estudiantina, — a fort heureusement fabriqué un acte notarié, par lequel le ridicule époux Guardona se retrouve légalement marié à la tante Léona. Voilà Manoëla libre ! Elle épousera son Alvarez, et tout finira par une chanson. Madame Peschard n’est-elle point là pour le couplet au public ! »

Maître Peronilla manquait décidément de fantaisie et de verve. La même situation, qui n’était pas toujours bien bouffonne, se prolongeait durant deux actes. Les rôles étaient à peine esquissés. Si Offenbach avait rencontré de plus heureux livrets, il avait écrit de meilleures partitions. C’est à peine s’il en est resté un seul morceau : la Malaguena, une mélancolique chanson à boire, bien dite, au second acte par Mme Peschard. A ce refrain, un peu banal, nous préférons peut-être la sérénade que chantait, au lever du rideau, Mme Paola Marié. Le reste ne vaut pas l’honneur d’être retenu. Parmi les interprètes, nous avons nommé Mmes Peschard et Paola Marié, qui sont deux vraies chanteuses. Citons pour mémoire Mlle Humbert ou Humberta, bien jolie, mais bien prétentieuse et fort inexpérimentée encore. C’est elle qui chante avec un petit air maniéré : « Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on as. » A la place de Mme théo, qui doit quitter les Bouffes, les spectateurs du théâtre du passage Choiseul devront se contenter de Mlle Humberta. Mlle Girard, l’excellente dugazon si longtemps applaudie au Théâtre-Lyrique et à l’Opéra-Comique, reçoit en partage un mauvais rôle et une chanson des plus médiocres, la ballade de la Belle Espagnole qui a traîné partout. A Daubray, toujours très aimé du public, nous préférons cette fois M. Jolly, qui nous semble beaucoup plus naturel et plus comique.

Après l’insuccès de Maître Peronilla, on avait songé à reprendre la Jolie Parfumeuse avec Mme Théo, Daubray et Bonnet ; mais, le compositeur n’ayant pu s’entendre avec le directeur au sujet de la distribution des rôles, ce projet dut être abandonné. On parla alors d’Orphée aux enfers, rendu tel qu’il avait été créé, au théâtre de ses premiers succès. On agita aussi la question d’une reprise de la Grande-Duchesse avec Mlle Schneider elle-même et Bonnet dans Fritz. Mais le compositeur passait pour vouloir réserver cette reprise aux Variétés avec Mme Judie. De plus, le ministre de la guerre s’opposait, dit-on, à la représentation de la pièce où le général Boum était tourné en ridicule. On n’insista point à ce moment, et au lieu d’une pièce d’Offenbach, on décidé la reprise d’un des plus grands succès des Bouffes en ces dernières années, celui de la Timbale d’argent, qui eut lieu après la 50e représentation de Maître Peronilla.

 

Edmond Stoullig

[1] DISTRIBUTION : Peronilla, M. Doubray. — Guardana, M. Jolly. — Ripardos, M. Troy. — Don Henrique, M. Minard. — 1er juge, M. Jannin. — 2e juge, M. Chambéry. — Le notaire, M. Pescheux. — Fabrice, M. Montaubry. — Alvarez, Mme Peschard. — Frimousquinos, Mlle Paola Marié. — Léonora, Mlle Girard. — Manuella, Mlle Humbert.

Au pupitre du chef d’orchestre, M. Thibault, qui vient du Théâtre-Lyrique, a emplacé M. Roques, qui a repris ses anciennes fonctions d’accompagnateur.