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Annales du théâtre et de la musique, 1878 [Le Tasse de Godard]

Que disait-on que les concours ne produisaient jamais rien ?… L’audition d’un grand ouvrage intitulé Le Tasse, symphonie dramatique en trois parties, poème de M. Charles Grandmougin, nous a prouvé le contraire, en révélant, sinon au monde musical dont il était déjà avantageusement connu, mais au grand public, le nom d’un jeune compositeur sur lequel et avec lequel il faudra désormais compter : celui de M. Benjamin Godard. Sans être absolument originale, et malgré une imitation presque constante de Berlioz (allons-nous maintenant expier le succès que nous avons fait à la Damnation de Faust ?…) l’œuvre de M. B. Godard est d’une puissante et vigoureuse envergure. Elle a retenu à leur place, pendant trois heures d’horloge, les auditeurs du Châtelet, empoignés par un invincible intérêt. De combien d’ouvrages de ce temps pourrait-on en dire autant ?… Sans passer en revue la partition du Tasse (partition éditée par M. G. Hartmann), admirablement rendue par l’orchestre et les chœurs que M. Colonne dirige avec tant d’habileté, contentons-nous de noter le joli chœur de pâtres (pour voix de femmes) qu’on a dû recommencer ; la romance de Cornélia qu’a dite Mlle Vergin de façon à mériter les applaudissements de la salle entière ; le duo suivant, entre Mlle Vergin et Villaret fils, qui s’est tiré à son honneur d’un rôle écrasant ; le bel air de Léonore qu’a chanté Mme Brunet-Lafleur avec son admirable voix de mezzo-soprano ; le brillant chœur de la fête, également bissé ; une sérénade délicieusement accompagnée et fort bien dite par l’excellent baryton Lauwers ; le récit de Cornélia, où Mlle Vergin a mis une expression étonnante, et le finale de l’œuvre vraiment dramatique. Rappelé par la salle et ramené sur l’estrade par ses vaillants interprètes, M. B. Godard est venu saluer le public. Les exhibitions sont en ce moment à la mode. La seconde et la troisième audition du Tasse obtenaient les deux dimanches suivants, devant le gros public, un succès colossal. Le duo de Mme Brunet-Lafleur et de M. Villaret fils était bissé ; la romance de Mlle Vergin était bissée ; le chœur de la fête était bissé ; la danse bohémienne était bissée ; le duo de Mlle Vergin et de M. Villaret était bissé. Tout était bissé !… M. Colonne n’avait plus qu’une chose à faire c’était de commencer dorénavant son concert la veille, afin de prendre le temps de le répéter deux fois… Ainsi revenait pour un vivant le grand succès de la Damnation de Faust.