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Annales du théâtre et de la musique, 1897 [Les P’tites Michu de Messager]

16 novembre. – Première représentation des P’tites Michu, opérette en trois actes de MM. Albert Vanloo et Georges Duval, musique de M. André Messager[1]. – C’est sous le Premier Empire – l’époque est à la mode – que MM. Albert Vanloo et Georges Duval ont placé l’action de leur opérette. Marie-Blanche et Blanche-Marie – les « p’tites Michu », comme on les appelle – sont deux sœurs jumelles : l’une hardie et délurée, l’autre timide et sentimentale, qui, gentiment, se complètent l’une par l’autre. Elles passent, à l’institution que dirige militairement Mlle Herpin, pour les filles d’honnêtes marchands de beurre au carreau des Halles qui, régulièrement, les viennent voir tous les jeudis, bourrant la pension de toutes sortes de friandises. La vérité est qu’il n’y en a qu’une qui soit la p’tite Michu ; l’autre est la fille de la marquise des ifs et d’un de ces guerriers du temps, partis, à la suite du grand Empereur, à la conquête de l’Europe… Le bébé fut confié, il y a dix-sept ans, aux soins du brave Michu qui, très distrait, l’a mêlé « dans le bain » avec son propre poupon de même âge et de même sexe, à tel point qu’on ne sait plus, aujourd’hui, laquelle des deux est Mlle Irène des Ifs… Et que répondre maintenant au général venant chercher sa fille pour la donner en mariage au beau capitaine de chasseurs qui, à la prise de Saragosse, lui a sauvé la vie ? – « Choisissez vous-même ! » s’écrit, plus mort que vif, le malheureux Michu. Mais le général est un vieux dur-à-cuire avec qui l’on ne badine pas. Une des sœurs se dévoue : Marie-Blanche épousera le militaire. Blanche-Marie sera la femme du petit Aristide, premier commis de Michu à la Poule aux Œufs d’Or. Et les deux noces ont lieu le même jour… jour solennel où Marie-Blanche s’aperçoit, quand il en est temps encore, que, si sa sœur regrette le beau chasseur elle se sent elle-même plus faite pour tenir la boutique du marchand de beurre et œufs au carreau des Halles que pour briller dans les salons mondains. Alors coiffant et poudrant sa sœur en conséquence, elle la fait toute semblable au portrait de la marquise : le général reconnaît sa progéniture (!!!) et donne l’époux qu’elle souhaite à Blanche-Marie. Marie-Blanche sera la femme d’Aristide, qui, n’ayant pas de préférences, se déclare satisfait d’avoir l’une des deux. Il y a de la Fille du Régiment ; il a aussi des Deux Gosses en cette opérette anodine et gentille, où rien ne choque ni n’effarouche, – à tel point qu’elle semble plutôt composée (est-ce un mal ?) pour un pensionnat de demoiselles que pour le théâtre des Bouffes, dont le répertoire était, jadis, autrement égrillard et monté en couleur. Avec M. André Messager, nous n’avons plus affaire à un « vaudeville mêlé de couplets », mais bien à une véritable partition, écrite par un vrai musicien. Les perles n’y manquent point. Il nous suffira de citer, au premier acte, le duetto « Blanche-Marie et Marie-Blanche » ; les couplets d’entrée des Michu ; au second acte, un duo exquis « Quel malheur ! je ne suis sa sœur », et la prière à Saint-Nicolas ; au dernier, enfin, qui est le mieux rempli, une jolie romance : « Vois-tu, je m’en veux à moi même » ; un délicieux duo : « Sachons lui cacher nos alarmes », et le sextuor de la toilette. […]

C’est donc sur un vrai succès que se terminera, plus heureusement qu’elle n’a commencé, l’année 1897. Nous retrouverons les aimables P’tites Michu  en 1898, peu disposées à quitter de sitôt l’affiche des Bouffes…

[Tableau des représentations de l’année. Les P’tites Michu : 51 représentations].

[1] Distribution. – Général des Ifs, M. Barral. – Michu, M. Régnard. – Aristide, M. Maurice Lamy. – Bagnolet, M. Brunais. – Gaston Rigaud, M. Manson. – Marie-Blanche, Mlle Alice Bonheur. – Blanche-Marie, Mlle Odette Dulac. – Mlle Herpin, Mlle L. Lamporte. – Mme Michu, Mme Vigouroux. – Mme Rousselin, Mlle Lérys. – Mme Saint-Phar, Mlle Yvren.