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Courrier de l’Europe et des spectacles, 24 mars 1810 [La Mort d'Abel de Kreutzer]

[…] Cet opéra a eu du succès ; il le doit en grande partie au troisième acte, qui est très beau d’action dramatique et surtout d’effet musical. M. Lainez a joué en grand tragédien les scènes difficiles de ce 3e acte. L’apothéose d’Abel, qui le termine, n’est pas aussi magnifique de décors et de groupes que l’apothéose d’Adam ; mais le spectacle en est aussi beau et aussi religieux. L’administration n’a rien négligé pour l’établissement de cet ouvrage, et le jeu des machines a été exécuté avec soin.

Nous ne parlons aujourd’hui que du plan de l’auteur, dont les vers sont quelquefois prosaïques et le style vulgaire. Il mérite des éloges pour les scènes de la fin du 2e acte et pour la contexture entière du 3e. Nous reviendrons sur le poème. Mais la musique renferme de véritables beautés. Il y a dans le 1er acte un duo charmant, chanté par MM. Derivis et Nourrit d’une manière parfaite. Il a été très applaudi, ainsi que le sextuor ou morceau d’ensemble du même acte. Le second, entièrement consacré aux enfers, n’a rien de remarquable que les danses et quelques chœurs. Mais la musique du songe de Caïn et des airs de danse, au 3e acte, est d’une bonne facture. M. Gardel a le talent admirable de varier ses ballets, et de les unir à l’action, de manière à produire un effet dramatique analogue aux situations.

Le public a demandé avec acclamation les auteurs. M. Kreutzer et M. Gardel sont venus recueillir l’honorable prix de leurs travaux.

B.-B.