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Courrier des théâtres, 14 octobre 1840 [Loÿse de Monfort de Bazin]

Un de nos confrère qui raisonne fort bien musique, parle ainsi de l’Opéra, au sujet de Loyse de Montfort. "Le Diable amoureux, dit-il, grossit les recettes et l’on vient d’ajouter à l’attrait de cet amusant spectacle celui de la cantate couronnée le 3 octobre à l’Institut. L’élève couronnée, M. François Bazin, est jeune ; sa cantate est un premier ouvrage qui, par la nécessité de la position de l’auteur, a été conçu dans des proportions tout académiques. D’ailleurs, cette cantate n’a pas été écrite pour la scène ; on n’y trouve ni l’effet des chœurs, ni l’économie de morceau calculée pour piquer la curiosité et graduer l’intérêt ; ce sont là des défauts que l’on a remarqués avant nous et qui ont été l’objet d’une juste, quoique sévère critique. Si nous examinons ce travail en dehors des conditions d’intérêt et d’effet scénique qui lui manquent, si nous faisons la part de la part de l’obligation imposée au jeune compositeur de faire preuve dans son ouvrage de ses études classiques, il nous sera facile d’y trouver de nombreuses traces d’un talent vigoureux et élevé. M. Bazin cherche encore sa poétique, il prend ce qui le séduit dans toutes les écoles ; nous attendrons encore pour assurer que cet éclectisme durera. Il est certain que si le jeune auteur imite parfois les Italiens et leur emprunte l’art des mélodies bien lancées et d’un rythme énergique, en revanche, il donne à ces mélodies une originalité qu’on leur contesterait peut-être à tort par un accompagnement, une orchestration(puisque ce mot est consacré) qui révèle de sérieuses et profitables études. M. Bazin s’est nourri du contre-point, il faut maintenant qu’il tâche de l’oublier. Pour nous convaincre que sa cantate a le cachet incontestable d’un vrai talent, il suffit de songer que ce morceau, nécessairement ingrat par la forme qui lui était imposée, les moyens dont usait l’auteur, le but qu’il se proposait, a été écouté à l’Opéra, non pas avec indulgence, mais avec un plaisir senti et exprimé plus d’une fois par des applaudissemens répétés. Cette innovation heureuse engage l’Opéra pour l’avenir. Nous n’examinerons pas si elle est venue utilement et à temps pour varier le répertoire, ou plutôt nous féliciterons M. Pillet d’avoir fort habilement su concilier les intérêts de l’art musical. La publicité que lui a donné l’Opéra est un grand encouragement pour M. Bazin ; c’est aussi une belle récompense à offrir à l’émulation de l’élève. Quoiqu’il en soit, l’auteur de Loyse de Montfort peut maintenant poursuivre sa carrière avec confiance : lorsque l’un de nos théâtres lyriques lui ouvrira ses portes, il ne s’y présentera pas en étranger, et le public l’accueillera comme une ancienne connaissance dont il aura gardé bon souvenir." – On ne peut rien dire de mieux, ni joindre avec plus de mesure l’éloge à la critique. Voilà comment on forme des artistes !