Accueil / Documents / Articles de presse / Excelsior, 15 mars 1911 [Déjanire de Saint-Saëns]

Imprimer le contenu de la page

Excelsior, 15 mars 1911 [Déjanire de Saint-Saëns]

La première représentation de Déjanire a eu lieu hier soir

Une belle œuvre et un grand succès.

MONTE-CARLO, 14 mars (De notre correspondant spécial). – Ce soir a eu lieu au théâtre de Monte-Carlo, et à l'occasion de la fête de bienfaisance donnée par la colonie française, la première représentation de Déjanire, le nouveau drame lyrique en quatre actes, de Saint-Saëns qui fut, on s'en souvient, représenté aux Arènes de Béziers et à l'Odéon en 1898, sous la forme d'une tragédie en quatre actes, en prose rythmée de Louis Gallet. L'illustre compositeur de Samson et Dalila a transformé cette tragédie en un opéra, dont la création aura lieu demain soir.

La répétition générale s'est déroulée, dimanche, au milieu de chaleureuses ovations. On était unanime à reconnaître que jamais peut-être le génie de l'éminent compositeur ne s'était affirmé avec plus d'éclat, de force et d'agrément à la fois. Le livret, on le sait, met en scène la jalousie de Déjanire et la mort d'Hercule, sous les espèces d'un drame mêlé de chœurs et de danses. La partition est de toute beauté. Elle est d'une véritable noblesse d'inspiration, d'une heureuse abondance d'idées mélodiques et d'une écriture musicale parfaite. La maîtrise de l'orchestration, l'harmonie profonde qui existe entre le poème et la trame symphonique en font, en outre, une œuvre – d'aucuns ont dit un chef-d'œuvre, – essentiellement homogène.

L'interprétation est remarquable. Mme Litvinne, dont la voix superbe eut rarement plus d'éclat, a interprété en tragédienne inspirée le rôle de Déjanire. La grande artiste a été acclamée. Son succès a été partagé par Mlle Yvonne Dubel, pleine de charme et de séduction dans le rôle de Yole, et Mme Bailac, très impressionnante dans le rôle de Phénice. M. Muratore, dans le personnage d'Hercule, a été admirable. Il y a déployé toutes les ressources de son grand talent et s'est montré tragédien puissant et chanteur impeccable. M. Dangès, l'excellent baryton, dans le rôle de Philoctète, fit une fois de plus preuve de souplesse et de talent. 

Comme toujours, à Monte-Carlo, la mise en scène est des plus soignées et fait honneur au bon goût artistique de M. Raoul Gunsbourg, qui n'a rien négligé pour assurer le succès de ce nouvel ouvrage de Saint-Saëns.

L'orchestre, sous la direction de M. Léon Jehin, a traduit avec un art parfait cette belle partition. Les décors de M. Visconti sont extrêmement réussis. — A. VÉRAN.