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Gil Blas, 28 mars 1898 [L’Île du rêve de Hahn]

Gil Blas-Revue par Max Maurey

Au concours hippique

[…]

Mlle RENÉE MAUPIN. — Oh ! depuis la première de l’Île du Rêve à l’Opéra-Comique, elle ne dérage pas. Figurez-vous qu’elle s’était placée avec sa fille au premier rang de balcon — histoire de ne pas se faire remarquer — Cléo avait mis son fameux collier… le collier de la semaine royale, vous savez, un cercle d’or enrichi de sept diamants.

Mlle TORRI. — Sept diamants ? Un par jour. 

Mlle RENÉE MAUPIN. —… et par péché ! Eh ! bien, contrairement à ce qu’elle prévoyait, on n’a pas joué la Brabançonne à leur entrée. 

M. RAYNALDO HAHN… Il n’aurait plus manqué que ça ! la musique de l’Île du Rêve doit s’entendre seule. (à M. Carré) Vous avez même eu le plus grand tort de donner, dans la même soirée, le Roi l’a dit .

M. CARRÉ. — C’est pourtant un opéra-comique charmant, et la partition de Delisbes [ sic ] — je ne dis pas ça pour vous désobliger — a paru plaire beaucoup.

M. RAYNALDO HAHN. — Parce que les Français, mon cher, sont des gens qui ne comprennent rien. La partition de Léo Delibes plaît ; c’est évident : il y a dans cette œuvre de la mélodie, du rythme, tandis que dans ma musique il n’y a rien, et c’est là le tour de force. Faire une omelette avec des œufs, c’est pas malin, la faire sans œufs, voilà qui est difficile.

M. VICTOR ROGER. — Je suis absolument de l’avis de M. Hahn.

M. CARRÉ. — Vous êtes de la même école, vous êtes deux têtes sous le même bonnet… d’Hahn .

M. VICTOR ROGER. — C’est cela même, et si jamais mon cher M. Carré, vous vouliez monter la petite Tache ... je m’arrangerai pour que Coudert vous la cède.

M. CARRÉ. — Non, merci mille fois, mon cher ami (à part) . Il y a déjà Gaston Lemaire qui veut me colloquer un acte…

M. ROGER (à M. Carre) . — Vous avez tort, cela aurait fait plaisir à Kerst.

M. COUDERT. — Et à moi donc ! 

M. PIERRE LOTI (à la reine Nathalie) . — Vous amusez-vous, Majesté ?

LA REINE NATHALIE. — Moins que l’autre jour.

M. PIERRE LOTI. — À la première de l’Île du rêve .

LA REINE NATHALIE. — Ah ! non, là, je me suis plutôt ennuyée. 

M. PIERRE LOTI. — Ce n’est pas possible ! 

LA REINE NATHALIE. — Eh ! oui… votre roman est charmant, délicieux à lire, tout plein d’aperçus originaux, imagé de tableaux merveilleusement décrits, c’est une ravissante broderie ; mais au théâtre la broderie disparaît… seule la trame reste et…

M. PIERRE LOTI. — … Et la trame est trop légère. Oui, c’est vrai, ce que vous dites là. Pour le Spahi , ça, d’ailleurs, été la même chose… Et où donc vous êtes vous alors tant amusée ? 

LA REINE NATHALIE. — Mais à l’Académie. […]

MAX MAUREY.