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Le Gaulois, 24 mars 1898 [L’Île du rêve de Hahn]

Il serait superflu de revenir, à propos de l’Île du rêve, sur les réflexions que nous suggérait, assez récemment, le Spahi, de MM. André Alexandre et Lucien Lambert. Il s’agit de données empruntées également à des romans de M. Pierre Loti, lesquels sont des variations subtiles sur un thème unique et peu théâtral. Entre l’une et l’autre fiction, on ne voit guère que la différence des milieux. Les personnages sont identiques ; l’action est semblable. Où il n’y a point d’étude de caractères et où tout vit d’une vie de rêve, par la vertu d’images choisies pour éveiller des sensations lointaines, fluides, essentiellement littéraires, la musique de théâtre a peu de prise. Je ne dis pas que cette aventure, toujours la même, d’un jeune officier de marine s’éprenant, au cours d’un voyage, d’une jolie sauvagesse, délicate comme la fleur d’un jour, et la quittant quand son vaisseau repart pour la France, ne puisse inspirer une partition heureuse à un musicien doué du sens exotique mais les effets qu’elle suscite paraissent bien limités.

On me dit que Reynaldo Hahn écrivit, il y a six ou sept ans, à l’âge de dix-huit ans, les trois actes représentés hier soir, et qu’il travaillait, alors, sous la direction de M. Massenet. Les formes trahissent, à coup sûr, et tout à la fois, une certaine inexpérience et l’influence du compositeur d’Hérodiade et de Thaïs. M. Raynaldo Hahn [sic] s’est fait connaître, depuis, par des mélodies d’un sentiment élégiaque dont les échos des salons retentissent souvent. Il serait injuste de le juger, à la scène, sur un essai de sa prime jeunesse.

On remarque, en son idylle polynésienne, une recherche de vaporeuse poésie. Ni heurt, ni complication, ni grande division instrumentale. C’est un flot qui coule doucement, sans désir de surprendre, sur un lit sablonneux. Le commencement et la fin du second acte sont les meilleurs endroits de l’œuvre. On y sent de la franchise rythmique et les parties vocales sont bien traitées.

L’Île du Rêve s’encadre, à l’Opéra-Comique, de deux décors très pittoresques. M. Messager conduit l’orchestre et les rôles sont tenus à merveille par Mlles Guiraudon, Bernaert, Marié de l’Isle et Oswald, et par MM. Clément, Mondaud et Bertin.

F.