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Revue et Gazette musicale de Paris, 25 février 1877 [Le Timbre d’argent de Saint-Saëns]

Le Théâtre-Lyrique a enfin pu donner vendredi soir la première représentation du Timbre d’argent, qu’on est tout étonné de ne plus attendre depuis qu’on l’a entendu. Il y a eu succès, et succès très vif, pour plusieurs morceaux charmants qui pourraient bien assurer la réussite de l’ouvrage, avec les beaux et ingénieux décors dont M. Vizentini l’a orné ; mais il y a beaucoup à dire, en bien et autrement, sur un ouvrage aussi complexe, de style très disparate, où les influences les plus contraires se côtoient sans s’annuler, où certaines pages poétiques et gracieuses avoisinent des morceaux vulgaires d’idée et, ce qui est plus étonnant sous la plume de M. Saint-Saëns, d’une facture trop commune pour qu’elle ne vienne pas d’un parti pris. Il serait impossible d’improviser tant bien que mal un compte rendu sérieux d’un ouvrage de cette importance, et ce serait marquer peu d’estime pour l’auteur que de le juger, lui et son œuvre, avec une pareille précipitation. Nous remettons donc notre article à dimanche prochain, non sans avoir dit que le premier et le troisième acte nous paraissent les meilleurs, que la première mélodie de Bénédict et le pas dansé de l’Abeille, que la cavatine de Conrad et la ballade du Papillon sont de très-jolis morceaux où l’idée, pour être gracieuse, ne trahit pas la justesse du sentiment. La pièce de MM. Barbier et Carré, qui semble confuse à la première impression et dont la chute est maladroite, paraît meilleure après réflexion et renferme des épisodes attrayants. Le décor du grand théâtre de Vienne, vu de la scène, est très-curieux, et le carrefour de la vieille ville éclairée par les réverbères fumeux et la lueur blafarde de la lune, offre un tableau de toute beauté. Le succès de l’interprétation a été pour les rôles secondaires, bien tenus par Mlle Sablairolles et M. Caisso ; parmi les personnages principaux, M. Melchissédec seul a droit à des éloges ; M. Blum est tout juste convenable et Mlle Salla laisse beaucoup à désirer. Quant à la danseuse débutante, Mlle Théodore, elle mime et danse bien, mais ces qualités ne suffisent pas chez une femme qu’on représente comme une enchanteresse et une Circé.