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Genre – L’ode symphonie

Si on connaît peu l’ode symphonie de nos jours, il s’agit pourtant d’une des nombreuses manifestations du romantisme en musique, très en vogue après 1850. C’est à Félicien David que l’on doit l’invention de ce genre hybride pour son œuvre Le Désert (1844). L’ode symphonie exploite à parts égales les caractéristiques de la symphonie, de l’opéra, de la cantate et de l’oratorio. Construite en tableaux désignés par des titres plutôt que découpée en acte, elle mêle strophes déclamées, récitatifs, airs et chœurs, et propose des romances, ballades, prières, duos, etc. Largement plébiscité lors de sa création, notamment par Berlioz, qui voit alors en David un acolyte de ses recherches symphoniques, Le Désert encourage la production sur ce même modèle. Notamment (hormis un ambitieux Christophe Colomb du même Félicien David), Clovis (Ferroud), Le Sélam (Reyer) ou encore Vasco de Gama (Bizet). Tous empruntent un sujet historique, souvent orientalisant, dont l’évocation poétique est forte. L’introduction d’un récitant déclamant des vers plus ou moins imagés – à la manière des narrateurs de Passions ou d’oratorios de l’époque baroque – place le spectateur à l’extérieur de l’action, renforçant ainsi la dimension symphonique, tout en préservant l’intensité dramatique de l’opéra. Cette production ambivalente, certes moderne mais éminemment personnelle (notamment chez David), explique peut-être pourquoi le genre a décliné à la fin du siècle, bien qu’il faille encore signaler des partitions comme La Mer de Victorin Joncières ou Lutèce d’Augusta Holmès. Peu à peu, la place du récitant cède le pas à une œuvre intégralement chantée, dont les frontières avec la nouvelle « symphonie dramatique » (comme Le Tasse de Godard, en 1878) sont extrêmement poreuses.