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Gil Blas, 17 décembre 1902 [La Carmélite de Reynaldo Hahn]

PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS

OPÉRA-COMIQUE. – Première représentation de la Carmélite, comédie musicale en quatre actes et cinq tableaux, de M. Catulle Mendès, musique de M. Reynaldo Hahn.

Le livret du nouvel ouvrage que vient de nous présenter la direction de l’Opéra-Comique est aussi remarquable par le fond que par la forme, et c’est dans des vers exquis et frappés au bon coin que M. Catulle Mendès nous retrace les amours du roi Louis XIV et de Mlle de La Vallière.

Au premier acte, nous assistons à la répétition puis à la représentation d’un ballet donné à la cour. Le roi y rencontre Louise, nouvelle demoiselle d’honneur de la reine, il est frappé de sa grâce, et, jouant le personnage principal du ballet, dans une scène avec la déesse Diane, que joue Louise, il perd la tête, oublie son rôle et va jusqu’à faire à sa partenaire une brûlante déclaration.

Au second acte, le roi et Louise se rencontrent seuls, le soir, au sortir de l’office divin, et, cette fois, Louise, malgré toutes ses bonnes résolutions, ne sait pas résister aux désirs de l’ardent monarque.

Mais la passion de Louis n’a pas duré longtemps ; il va vers d’autres amours, et dans la galerie qui mène aux appartements du roi, une nouvelle favorite, Athénaïs, attend l’heure en se faisant belle pour le royal rendez-vous. Mais les dames d’atour ne savent la parer à son gré et c’est la triste Louise, l’amante abandonnée, qui s’offre pour l’aider à sa toilette galante.

Puis le roi pénètre dans la galerie déserte et c’est Louise qui, dans l’obscurité, guidera ses pas vers la chambre où l’attend une heureuse rivale.

Enfin, Louise ira chercher dans la paix du cloître l’oubli de son amour et le pardon céleste. C’est à la chapelle des Carmélites qu’elle prend le voile, et, la cérémonie terminée, lorsque la noble assistance s’est retirée, une femme, restée seule dans l’église, s’approche de Louise et l’embrasse ; cette femme, c’est la reine, qui lui pardonne et l’envie.

La partition de M. Reynaldo Hahn, si elle ne brille pas par l’originalité, est l’œuvre très honorable d’un musicien bien doué, mais qui semble dominé par le souvenir de Mozart et l’influence de Massenet.

Son écriture vocale est habile, mais son inexpérience de l’orchestre est trop visible.

Parmi les bonnes pages de la Carmélite, je citerai la scène d’amour entre le roi et Louise, au second acte, puis le monologue de Louise, au troisième acte, et, enfin, le dernier tableau, celui de la prise de voile. Ce tableau vaut à lui seul mieux que tout le reste de la partition ; il est empreint d’un sentiment élevé et fait vraiment honneur au musicien qui l’a écrit.

En tête de l’excellente interprétation de la Carmélite, il faut placer Mlle Emma Calvé. Elle joue et chante avec un art si parfait le rôle de Louise qu’elle fait oublier que physiquement elle ne représente guère la frêle La Vallière.

C’est un débutant, M. Muratore, qui joue le roi. Sa voix de ténor est agréable, mais bien faible pour lutter avec sa puissante partenaire et les cuivres écrasants.

M. Dufrane chante avec ampleur et joue avec dignité le rôle de l’évêque, peu miséricordieux, mais éloquent, qui, nous assure-t-on, ne serait autre que le grand Bossuet.

Mme Marié de Lisle réalise à souhait la figure touchante et effacée de la reine.

Un grand nombre de rôles épisodiques sont remarquablement tenus par MM. Allard, Cazcneuve. Jahn, Carbonne, Bourbon, Mesnjaeker, Huberdeau et Mmes Sauvaget, Gottrand, Gillard, Margyll, Daffetye, Costès, Cortez.

L’orchestre, sous l’habile direction de M. Messager, a droit à tous nos éloges.

Quant à la mise en scène, elle fait honneur à M. Albert Carré, qu’il faut complimenter surtout du tableau final de la chapelle des Carmélites. C’est une œuvre d’art.

GASTON SERPETTE.

[…]

Soirée Parisienne

La Carmélite. – Leurs Amants

Hier soir, vers neuf heures, à l’intersection de la rue Boudreau et de la place Favart, M. Catulle Mendès a failli être coupé en deux !...

L’éminent critique théâtral du Journal se rendait à l’Athénée où l’on jouait une comédie de M. de Féraudy, lorsqu’il rencontra la foule qui se rendait à l’Opéra-Comique.

Aussitôt reconnu, le charmant poète de la Carmélite allait être infailliblement, enlevé à ses devoirs de journaliste, lorsqu’un passant téméraire – c’était moi – n’écoutant que son courage, se jeta à la tête du critique et lui tint à peu près ce langage :

— Monsieur, je me trouve dans un embarras semblable au vôtre. Il m’est impossible d’assister en même temps à la première de votre pièce et à celle de Leurs Amants. Je vous propose donc d’aller à votre place – rue Boudreau – tandis que vous iriez à la mienne – place Favart.

M. Catulle Mendès accepta ; mais, en sa qualité de critique, il me fit justement observer que les auteurs dramatiques seraient bien avisés en ne faisant point jouer leurs pièces le même soir aux deux bouts de Paris.

Il se rendit ensuite à l’Opéra-Comique où il arriva juste à temps pour entendre les acclamations qui saluaient le premier acte de sa pièce.

La Carmélite est une œuvre exquise. On ne rêve pas d’une plus jolie mise en scène. Pour brosser ces décors lumineux et légers, les directeurs n’ont eu qu’à s’inspirer des descriptions charmantes que M. Catulle Mendès a fait figurer en tête de chaque acte. Car il fut tout ensemble le peintre, le poète et le musicien qui enchantèrent ce drame d’amour…

Pendant ce temps, mon arrivée à l’Athénée était saluée par un murmure flatteur auquel je ne suis guère habitué.

On m’avait pris pour M. Catulle Mendès ! […]

VICTOR DE COTTENS.